À Naninne, la chapelle de Pierpont détrône le Manneken-Pis : les cars de touristes japonais font un détour par le cimetière
Après la Grand-Place de Bruxelles et le célèbre petit bonhomme, plusieurs agences de voyages nippones ont modifié leurs circuits. Leur prochain arrêt : une chapelle funéraire en pleine restauration, sur les hauteurs de Namur. Le choc est réciproque.
Il y a quelques semaines, le guide Kenji Watanabe ne connaissait pas Naninne. Ce vendredi, il y a conduit pour la troisième fois en dix jours quarante-deux voyageurs d'Osaka, appareil photo en bandoulière. « Bruxelles, c'est très bien, mais tout le monde a déjà vu le Manneken-Pis », explique-t-il, sans que personne ne sache s'il plaisante.
Le circuit est désormais rodé. Matinée à la Grand-Place, gaufre sur le pouce, photo avec la statue, puis le car prend la direction de Namur, et plus précisément du cimetière de Naninne. Les voyageurs y découvrent une chapelle sur un promontoire, une crypte de 54 emplacements et un chantier de restauration « d'une authenticité rare ».
Un car, puis deux, puis dix
Selon une source totalement imaginaire à l'office du tourisme, trois agences ont inscrit le site à leur programme dès septembre. Un quatrième voyagiste étudierait même une formule « Gaufre, bière et patrimoine funéraire » à 1 890 euros par personne.
« On a ouvert la grille du cimetière à 8 h, il y avait déjà deux cars et un drone. Je n'ai jamais vu ça en quarante ans de jardinage », confie Gisèle Marchal, habitante inventée de Naninne.
Pour les riverains, la situation prête à sourire, mais elle commence à poser des questions de stationnement. Les emplacements du cimetière, eux, restent réservés aux défunts.
Le Manneken-Pis, le grand perdant
À Bruxelles, on garde un flegme tout belge. « Notre petit bonhomme a connu pire, il a survécu à des vols et à des déguisements », glisse Philippe Vandenbosch, conservateur fictif d'un musée du costume qui n'existe pas. Il prévient toutefois : la statue pourrait bientôt s'habiller en tenue de chantier, par solidarité avec la chapelle.
Une restauration encore à finir
Dans ce récit imaginaire, les recettes touristiques serviraient à financer ce qui manque : toiture, vitraux, moulures, autel en chêne. Une cagnotte en yens serait même à l'étude, avec en contrepartie une photo souvenir devant la crypte. L'asbl fictive « Amis de la chapelle et des cars » assure que tout sera fait « dans le respect des lieux, des défunts et des horaires de pause déjeuner ».
Reste une certitude : à Naninne, on n'avait pas vu autant de monde depuis la dernière kermesse. Et cette fois, personne ne repart sans avoir pris la pose devant la chapelle.